Patrick Sainte Claire Deville

(texte de présentation exposition Prodromus/46, rue Saint Sébastien 75011 Paris - Avril 2006)

Aujourd’hui âgé de 63 ans, Patrick Sainte Claire Deville a effectué un parcours professionnel qui l’a amené, après l’obtention du diplôme de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, à travailler d’abord dans l’illustration pour l’édition et la publicité, puis à l’art mural .
Depuis 20 ans, il s’est installé en Languedoc, où  il consacre son activité exclusivement à la peinture et au dessin, œuvres qu’il présente régulièrement dans les espaces publics et galeries régionales .
L’environnement dans lequel il vit désormais a eu une influence très prégnante sur son travail et trouve une résonance évidente pour qui en connaît les subtilités, dans l’œuvre récente présentée à partir du 30 mars 2006 à la Galerie Prodromus .

…du côté des basses terres
Fragile espace entre mer et garrigue, la petite Camargue- et plus précisément l’Etang de l’Or que le peintre côtoie au quotidien- est aux antipodes des clichés communément attribués aux rivages de la Méditerranée. Dans ces zones humides de marais, étangs et lagunes, où mer, sel, vent, pluie et chaleur se disputent tour à tour âprement l’espace, celui qui sait attendre, écouter, voir, suivre des chemins réservés aux seuls curieux attentifs, se familiarise de plus en plus intimement avec ces étendues d’eau immenses où courent la brise et ses rumeurs, et cohabitent faune aquatique silencieuse, flore gorgée d’ eau salée, animaux libres, taureaux noirs et chevaux blancs.

patrick sainte claire deville

Patrick Sainte Claire Deville
rue Gélibert 34130 LANSARGUES – 04 99 63 09 39 – 06 50 34 81 89 pscdeville@wanadoo.fr

patrick sainte claire deville

L’eau se fait d’huile

C’est d’abord pour les traces laissées par l’homme dans ces espaces de liberté que Patrick Sainte Claire Deville s’est passionné : « Les Cabanes de Petite Camargue » ont constitué une série de gouaches captées sur le motif, source infinie d’inspiration tant les modèles sont aussi surprenants que multiples. Architecture fugitive constituée de matériaux de récupération, elle témoigne autant de l’inventivité que de l’esprit libertaire de ses constructeurs-habitants, et reflète un mode de vie jalousement préservé du fait de sa rareté.*

Depuis 3 ans, l’artiste a voulu se dégager de tout esprit de reproduction, même interprétée, d’une oeuvre appartenant somme toute à ses créateurs-bâtisseurs. C’est donc à une représentation très personnelle de cette nature qu’il se livre désormais sur des toiles à l’huile et des gouaches prioritairement, mais sans délaisser pour autant la pureté symbolique du trait sur des dessins à l’encre de chine.

Omniprésente en petite Camargue, l’eau sait prendre des nuances d’une extrême subtilité pour révéler la lumière qui l’éclaire, la vie qui l’habite,et son destin qui l’amène lentement à poursuivre son cours vers la mer.

Rarement bleue, au contraire de sa voisine maritime, l’eau de l’étang de l’Or révèle au fil des jours et des angles de vue toute une palette de gris colorés, qui a servi de toile de fond aux huiles de l’artiste. S’y superposent en touches précises qui ne doivent rien au hasard des traces de couleur, parfois criantes, le plus souvent en camaïeu, tâches, points, lignes, suggérant plus que décrivant, créant un univers symbolique de l’esprit des lieux.
Rien n’est gratuit, tout est construit, mais sans jamais céder à la compromission qui rendrait l’œuvre séductrice.

L’exposition « du côté des basses terres » révélera ses mystères à qui saura se laisser aller à rêver sans se raccrocher à des références rassurantes. Son originalité est à ce prix.